CULTURE ET SOCIETE

Les brochures colorées sur Marrakech, les films tournés au Sahara et les légendes urbaines attachées à Tanger, sont autant de belles images qui contournent une vérité essentielle : pour comprendre le Maroc, il faut rencontrer les Marocains. Voici donc les portraits de Fatima, Driss, Amina et Rachid, des personnes semblables à celles que vous pourriez rencontrer pendant votre voyage. Chacun de ces individus représente une pièce du puzzle marocain. Sur place, vous observerez le décor dans lequel ils évoluent, et saisirez la culture marocaine dans toute sa diversité.

Fatima

Fatima a longtemps vécu et travaillé à la ferme, tout en faisant des tapis qu’elle vendait pour joindre les deux bouts. Aujourd’hui, elle perçoit un revenu régulier en ramassant des noix d’argan dans une coopérative de femmes, qui participe au commerce équitable, près d’Agadir. Quand elle se rend en ville, elle est surprise de la décontraction avec laquelle les jeunes s’adressent à leurs aînés. Nullement offensée, elle pense que les jeunes doivent pouvoir s’exprimer librement. Ce qui la choque, en revanche, ce sont les prix : elle s’astreint à économiser autant que possible pour participer aux frais scolaires de ses cinq petits-enfants. Ses quatre enfants sont mariés, et elle a toujours une histoire ou des friandises en réserve pour ses petits-enfants lorsqu’ils viennent la voir. Malheureusement, son arthrose commence à la gêner au travail, et elle s’inquiète pour sa famille qui dépend d’elle depuis que son mari les a quittés. Elle parle tachlahit (une langue berbère) à la maison, peut s’exprimer en arabe marocain, et sait dire « bonjour » et « bienvenue » en français et en anglais aux étrangers qui viennent parfois visiter la coopérative, mais elle ne sait ni lire ni écrire. Son rêve est de faire un jour le pèlerinage à La Mecque, inch’allah (si Dieu le veut).

Driss

Driss, 30 ans, se lève à l’aube et quitte l’appartement familial, situé dans une banlieue récente de Marrakech, pour rejoindre en scooter le riad (demeure traditionnelle convertie en maison d’hôtes) où il travaille 6 jours par semaine comme manager assistant. En chemin, il dépose sa soeur cadette à l’école. Il parle couramment l’arabe marocain et le français, et s’exprime également en espagnol, en anglais et en arabe classique (grâce aux journaux télévisés d’Al-Jazira). En revanche, il ne parle plus guère sa langue berbère maternelle, le tachlahit. Le père de Driss, qui possède une petite hanout (épicerie) et sait à peine lire et écrire, a tenu à ce que son fils aille à l’école. Driss profite de son jour de congé pour prendre des cours d’informatique, et économise pour s’acheter un téléphone mobile. Il n’est pas pressé de se marier, alors que ses parents commencent à s’impatienter. Il ne veut pas épouser une fille du village. Il préfère avoir une petite amie en ville et ne pas précipiter les choses. D’ailleurs, il a une jeune fille en vue : elle travaille dans un cybercafé, non loin de son riad.

Amina

Amina a 22 ans. Étudiante en littérature française, elle souhaiterait travailler dans l’administration, peut-être au ministère des Affaires étrangères. Son père est un haut fonctionnaire, et ils vivent dans un quartier résidentiel des faubourgs de Rabat. Amina n’est encore jamais allée en France, mais des membres de sa famille y vivent et financent ses études. Elle échange avec eux des e-mails en français et en arabe marocain, et se tient au courant de l’actualité internationale en français, en arabe et en anglais grâce à Internet et à la télévision par satellite. Le week-end, elle sort et va au restaurant avec un groupe d’amis. Si elle-même ne boit pas d’alcool, elle ne porte pas de jugement sur ceux qui le font. Côté cœur, Amina participe à des « chats » Internet sans, pour l’instant, avoir rencontré quelqu’un avec qui correspondre sérieusement par le biais d’une webcam, comme le font certains de ses amis. Elle n’est pas encore prête à fonder un foyer, elle a tellement d’autres projets à réaliser avant !

Rachid

« Rachid est un tel rêveur qu’il laisse toujours les chèvres s’éloigner du troupeau », se moquent ses soeurs. Jusqu’à l’an dernier, les enfants se rendaient ensemble à pied à l’école, distante de 4 km, mais la sécheresse a durement frappé leur village du Moyen Atlas. La famille a vendu son âne et a dû faire des choix cruels. Rachid, qui a I l ans, est meilleur élève et moins bon berger que ses soeurs, aussi est-ce lui qui continue à fréquenter l’école – pour le moment en tout cas. Il aime bien rapporter des surprises lorsqu’il rentre à la maison : un petit lézard trouvé en chemin, des fèves du jardin de l’école et même, une fois, un randonneur étranger invité pour le thé. La famille a offert à son hôte du pain et du beurre, et même si personne ne comprenait un mot de ce qu’il racontait, tout le monde a trouvé qu’il se débrouillait bien au koura (football). Aujourd’hui, la carte postale qu’il a fait parvenir via l’association du village trône sur une étagère de la pièce commune et Rachid ne doute pas que s’il réussit à intégrer le collège de la région, il lui répondra un jour dans un anglais sans faute.

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