Les îles inhabitées au large du Maroc servent depuis longtemps de plateforme au commerce international du kif marocain et de la cocaïne en transit entre l’Amérique du Sud et l’Europe, où elle entre souvent par Ceuta, Melilla ou l’Isla del Perejil (on l’appelle Leila, au Maroc), toutes possessions espagnoles. Désormais, les passeurs clandestins gagnent autant que ces trafiquants, voire plus, en conduisant des émigrés sans papiers aux portes de l’Europe. L’aventure est pourtant des plus hasardeuses. En effet, les candidats au « paradis’ doivent souvent nager sur des kilomètres dans des eaux tumultueuses, d’autres sont purement et simplement abandonnés au milieu du détroit. Financées par l’Union européenne à hauteur de 338 millions d’euros, les barrières érigées autour de Ceuta et Melilla ne sont guère efficaces.
Pour ses services, un passeur demande entre 300 et 3 500 euros, soit trois fois le revenu moyen annuel d’un Marocain. Le coût humain s’avère plus lourd encore. Selon un récent rapport sur les droits de l’homme, en cinq ans, 4 000 émigrants nord-africains ont péri en tentant d’atteindre les côtes espagnoles. Malgré tout, étant donné le taux de chômage élevé, l’accès limité aux études et la nécessité de venir en aide à leur famille, de nombreux jeunes Marocains continuent à courir le risque, certains de n’avoir plus rien à perdre, sauf la vie.
Les expatriés
De plus en plus nombreux sont les Marocains expatriés à revenir au pays pour prendre leur retraite ou monter une entreprise. Ils participent de l’émergence une classe moyenne supérieure. En effet, leurs euros ou leurs dollars représentent bien plus de pouvoir d’achat que les dirhams, non transférables. Cette situation est source de revenu, mais aussi de ressentiment au sein de la population, qui ne cache pas son mécontentement de voir ces immigrés rentrés au pays faire augmenter les prix et importer une culture de consommation ostentatoire, vaine et superficielle.

